En réalisant la couverture de l’homme de l’année 2008 du magazine TIME consacré à Barack Obama, Shepard Fairey a frappé très fort. C’est clairement SON année. Sa carrière de graphiste commence dès la fin des années 80, en collant des petits autocollants noirs et rouges avec le visage du catcheur Français André Roussimoff, plus connu sous le nom d’André the Giant (il n’utilise plus ce nom depuis 1993 pour des raisons légales…).

Sous le titre un peu pompeux d’expérience en phénoménologie, Fairey interroge les passants sur le sens de ses images qui ne proposent rien et ne vendent rien, précisant seulement qu’André a une bande de copains (« Andre has a posse »). Effectivement, au début, Fairey n’avait rien à vendre, il s’agissait d’une propagande visuelle à but non lucratif, une blague d’étudiant en art, mais ça, c’était il y a 20 ans. Depuis 10 ans, des millions de produits dérivés, vendus sous la marque OBEY envahissent les magasins du monde entier. La campagne d’affichage absurde de Fairey est devenue une marque comme les autres.

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Même s’il aborde des thèmes politiques à travers les portraits de Castro, Mao ou Che Guevara, on ne sait pas si c’est pour des raisons idéologiques ou purement esthétiques, surtout quand il mélange des symboles nazis avec des slogans communistes…

La communauté des graphistes n’est pas tendre avec lui : on l’accuse, entre autres, d’être un plagiaire, un voleur, un capitaliste honteux, et de ne pas savoir dessiner… donc d’être un artiste de seconde zone. Ces critiques transpirent surtout la jalousie, Fairey est le graphiste le plus célèbre au monde aujourd’hui, et beaucoup ne le supportent pas.

Les raisons de cette haine sont essentiellement dues à sa technique de travail basée sur l’appropriation, le concept de Marcel Duchamp. Très peu de gens comprennent et cautionnent cette méthode qui est pourtant parfaitement valide d’un point de vue intellectuel. En gros, il prend des dessins réalisés par les autres et les inclut dans ses compositions propres, sans nécessairement préciser leur origine.

Le problème, c’est que ces emprunts sont assez peu discrets, de Barbara Kruger à Banksy, il a copié à peu près tous les artistes travaillant en N&B, au trait ou avec un pochoir. Cette attitude est considérée comme du vol par ceux qui ne comprennent pas grand-chose à l’histoire de l’art, qui n’est qu’une suite ininterrompue d’emprunts.

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Il paraît aussi qu’il ne sait pas dessiner : encore une attaque qui tombe à plat, comme s’il suffisait de savoir tenir un crayon pour avoir des idées ou quelque chose à dire; c’est idiot, et c’est la preuve de l’inculture d’une partie de  ceux qui gravitent dans les milieux de l’art contemporain.

Si Fairey n’est pas un escroc, ce n’est pas non plus un artiste d’avant-garde. Son commentaire social est assez pauvre (l’art, c’est mieux que la guerre) et ses emprunts souvent grossiers. Mais grâce à lui, une nouvelle génération s’est intéressée à l’affiche politique et son excellent travail pour Obama a eu un impact planétaire, ce qui en fait un artiste aussi bon que les autres, ni plus, ni moins. D’ailleurs aujourd’hui, c’est lui que l’on copie.